Posté le 28/02/2019

« En boxe, quand certains parlent de violence, de mon côté, j’y vois l’apprentissage du contrôle et du respect »

Ce natif de Roubaix a été happé par la boxe au coin d’une rue. Pris de passion et avec l’envie d’aller plus loin, Daouda Sow a traversé les continents pour aller chercher une médaille olympique. Fort des valeurs que la boxe lui a transmis, Daouda voit son sport comme un vecteur d’épanouissement personnel. Marqué par son parcours, il porte le message du développement de la pratique et cherche à faire évoluer les mentalités. 




Daouda Sow, sur sa route de médaille olympique Photo @tout-sur-la-boxe.net



As-tu une idole dans la boxe ou dans un autre sport qui t’a poussé à devenir athlète de haut niveau ? 


Je n’ai pas été guidé par une idole. La boxe est venue à moi quand on m’a proposé une initiation. J’y suis allé avec mes amis. Les coach ont décelé chez moi un potentiel particulier puis j’ai commencé à performer en compétition. Quand j’ai battu les élites de ce sport, j’ai décidé de m’impliquer pleinement. 

Au début, l’ambition de faire carrière n’était pas un objectif majeur. Je boxais, je jouais, je m’amusais. Au fil du temps, je me suis pris au jeu et j’ai décidé de faire carrière. J’ai eu des hauts et des bas, des moments d’arrêt puis de reprise. Vingt ans après, avec le recul, je me rends compte que la boxe m’a permis de grandir et de m’accomplir en tant qu’homme. 


Pourquoi as-tu choisi de devenir professionnel ? 


Devenir boxeur professionnel est la suite logique de tout boxeur. On commence avec la boxe éducative, on passe ensuite à la boxe amateur puis on finit par la boxe professionnelle. 

On essaye tous de d’imiter les plus grands boxeurs. Je suis parti dans le milieu professionnel pour essayer de devenir comme eux. La boxe permet de prendre confiance, d’accomplir de grandes choses et de devenir plus grand. Je suis fier d’avoir obtenu la médaille olympique. Mes enfants et petits-enfants auront cet héritage.  



« E n  b o x e  p r o f e s s i o n n e l l e,  o n  a v a n c e  d a n s  l e  f l o u »



Pourquoi te diriger vers la boxe anglaise et pas une autre style de boxe ? 


Je n’ai pas choisi. Quand l’opportunité s’est présentée à moi je l’ai saisi et suis resté dedans. La boxe anglaise m’a ouvert ses portes, j’y suis rentré.  


Qui était ton entraineur et quels sont les relations que tu entretenais avec lui ? 


La spécificité en boxe est que l’on a des relations très fusionnelles avec nos entraineurs. Il arrive que dès fois, les relations soient même un peu trop fusionnelles. Parfois il faut accepter de laisser grandir son athlète et de le laisser prendre son envol. Ce côté surprotecteur est parfois dérangeant dans la boxe. Mon entraineur m’a donné et m’a appris énormément. Aujourd’hui la vie fait que nous nous sommes séparés pour de multiples raisons néanmoins je garde tout le positif. 


Ou t’entraines-tu et as -tu des  « sparing partner » ? 


J’ai fait beaucoup de salles. Je suis du genre à prendre mon sac à dos et à tester de nouvelles salles, parfois seul ou avec d’autres personnes. Tout dépend.   


Qu’est ce qui change entre le monde professionnel et le monde amateur ? 


La différence entre la gestion et la planification est assez perturbante. En amateur, il y a une planification olympique avec des dates précises. Un programme déterminé dicte les dates de combats. En boxe professionnelle, on avance dans le flou. Le système est relativement compliqué à suivre, à comprendre et à subir en tant qu’athlète. 


Comment te prépares-tu mentalement et physiquement pour une compétition ? 


En période de compétition, il faut que tous les feux soient au vert. Si tout va bien dans ma vie, sur un plan physique et sportif, j’aurai une bonne préparation. Si tous ces éléments sont au vert j’aurai plus de facilités à être dans mon match. J’impose à ceux qui m’entourent de pas être dans la négligence. Je leur impose de ne pas reporter à demain ce qu’on doit faire aujourd’hui. Demain est un autre jour. Demain c’est trop tard. C’est une adaptation quotidienne. Le mental et le bien-être sont des qualités qu’on néglige souvent, alors qu’elles sont essentielles. 



«  L e  t r a v a i l   p o u r  g a g n e r  f a i t  l a  d i f f e r e n c e  »



Est-ce que ta préparation change en fonction de ton adversaire ? 


En effet, la préparation est adaptée. Boxeur technique ou rentre dedans, les approches de combat vont changer. Je mets en place des stratégies qui vont permettre de déjouer les leurs. A un certain niveau on est tous bons, néanmoins c’est le travail technique mis en place pour remporter le combat qui fera la différence. 


Quelle place à la nutrition dans ta préparation ? 


La nutrition a une place importante dans la préparation. Cependant, il n’y a pas d’élément plus important qu’un autre. Si on néglige un des éléments de la préparation, ça se sentira le jour de la compétition. Rien n’est négligeable. On fait tous des erreurs néanmoins il faut quand même être au plus près de l’irréprochable pour réussir, gagner et atteindre l’objectif. 


Tu préconises plus de préparation physique ou de préparation

technique ? 


Concernant ma préparation, elle est divisée en trois parties. Je fais la distinction entre la préparation physique pure, le physique intégré, puis, la boxe et le travail d’opposition qui s’opère sur le ring.  Toutes les parties de cette préparation sont importantes.


Quel est ton style de combat ? Plutôt observation ou attaque ? 


Je combats de manière plus contreur et observateur. Je ne suis pas forcément un fonceur qui va donner pour donner. Je suis plus dans la réflexion. Je suis un styliste stratège. 



«  U n  s p o r t  r i c h e  e n  v a l e u r s  h u m a i n e s »



Quel a été le moment le plus mémorable de ta carrière ? 


Ma période olympique est une période mémorable. De fort moments de pressions ont rythmés ma vie. Je me remémore des images qui sont des moments privilégiés et de partage intense. 


Quand et pourquoi as-tu pris la décision d’arrêter ta carrière ? 


J’ai du mal à dire arrêter.  On arrête jamais totalement. Je ne suis plus sur le ring néanmoins je n’ai pas arrêté la boxe. J’ai arrêté le haut niveau mais pas la boxe.  


Que fais-tu de tes journées depuis l’arrêt de ta carrière et comment les occupes-tu? 


Ma vie de famille me prend pas mal de temps. J’ai un restaurant qui me prend également beaucoup d’énergie. En parallèle j’ai aussi une association dans laquelle nous mettons en route beaucoup de projets autour de la boxe bien être. 


Est-ce compliqué pour un boxeur professionnel français d’être financièrement à l’aise ? Les promoteurs ont-ils la bonne politique ? 


On peut compter sur les doigts de la main les boxeurs qui vivent de la boxe. Nous pratiquons un sport riche en terme de valeurs humaines mais nous sommes encore très loin d’en faire un sport de rêve et d’en vivre. En revanche, si on observe la pratique de la boxe en Angleterre et aux Etats Unis, le concept de sport de rêve est plus travaillé. Les enfants rêvent de ce sport. Ils ont envie de le pratiquer. Aujourd’hui, on ne peut pas considérer qu’un champion olympique soit bien accompagné quand on le critique injustement. La boxe en France ne bénéficie pas d’une assez bonne promotion. On ne fait pas assez rêver les jeunes. Les enfants ont besoin de rêver pour avoir envie de boxer. Il est indispensable d’apporter cette envie. Je crois fortement aux changements et j’ai hâte de voir le résultat. 



« I l  f a u t  m e t t r e  l’ a t h l e t e  a u  c e n t r e »



Que faut-il faire pour changer les choses ? 


Il faut mettre l’athlète au centre. Il faut que l’athlète soit dans des conditions idéales pour créer l’envie de continuer. Il faut révolutionner le système mais en France on a peur de l’inconnu. Ainsi, révolutionner ce système me parait complexe. Cependant, une nouvelle génération de dirigeants arrive et je pense que ca va évoluer. J’attends de voir. 


La boxe est-elle assez reconnue en France ? 


La boxe n’est pas assez reconnue en France. Dernièrement il y a eu un débat. Nordine Oubaali est devenu champion du monde. Son combat est un exploit. Néanmoins, personne ne le sait. Les médias ne sont pas intéressés. La non médiatisation est l’image accolée à la boxe. C’est triste. 

A chaque combat, on met en jeu notre intégrité physique. On ne boxe pas pour rien. On ne joue pas. Il m’est arrivé de refuser plusieurs combats car les primes de combats n’étaient pas rentables comparées aux dépenses de ma préparation. Il faut retravailler la considération de l’athlète car chaque combat est une nouvel prise de risque.  


Quelles valeurs souhaiterais tu inculquer et transmettre ?


La société sportive actuelle a besoin que l’on transfert des valeurs de tolérance, d’écoute, de partage, de plaisir et d’amour. C’est assez contradictoire quand on parle de boxe. En général quand on parle de boxe, on parle de violence, de combats, de brutalité. A coté de tous ces mots assez brutaux, je veux mettre de belles choses. C’est un combat de la maitrise, c’est un combat d’une vie. Les personnes parlent de violence, moi je vois du contrôle et du respect. J’aimerais transmettre cette vision. La vie est belle. On en a qu’une. Sans haine ni violence on avance. 


As-tu un conseil pour les jeunes qui souhaitent faire de la boxe à haut niveau ? 


La motivation, la rigueur, le travail et la persévérance sont des mots qui sont utiles au quotidien. Ces mots forts m’ont toujours alimenté et m’alimente encore aujourd’hui. Il faut prendre du plaisir. 


Par Axelle Steffen 


Partenaires
Devenez membre du carré des champions et restez à la pointe en recevant de l'actualité sportive de qualité
Veuillez entrer une adresse email valide
Merci de vous être enregistré dans notre liste de diffusion !
Newsletter