Posté le 21/02/2019

« J’ai l’habitude de franchir des barrières mais de ne jamais m’en fixer »

Au même titre que son quotidien sur les pistes d’athlétisme, le chemin d’Aurel Manga a été semé d’embuches. Du triple saut au 110m haies, Aurel est un battant, un champion, un infatigable. Renvoyé par l’INSEP (Institut National du Sport de l’Expertise et de la Performance), reparti de zéro, ayant cherché un entraineur, il n’a jamais baissé les bras et a toujours su montrer que malgré tout, il est et restera un grand champion infatigable et imperturbable. 



Aurel Manga, nul n’est infranchissable ©Squarechamps



Peux-tu nous expliquer ton parcours pour arriver au 110m haies ? 


Inspiré par mon frère qui était détenteur du record de France cadet, je me suis naturellement tourné vers le triple saut. Cependant, la seule course où j’étais capable de partir dernier et finir premier était le 110 m haies. Par conséquent, je me suis retrouvé sur cette discipline.  



«  J’ a i  d u  a p p r é h e n d e r  l e s  c h o s e s  a u t r e m e n t  »



A quel moment as-tu franchi un cap dans ta carrière ? 


Surement en 2016. Renvoyé de l’Insep l’année d’avant pour manque de performance, j’avais fait une saison quasiment blanche. J’étais blessé toute la saison d’hiver et la moitié de l’été. J’ai fait quelques compétitions mais mon niveau était trop bas pour y rester. Je me suis retrouvé complètement hors de ma zone de confort et j’ai dû appréhender les choses autrement.  


Médaille de bronze sur les championnats du monde en salle en 2018, quelles sont les objectifs pour la saison 2019 ?  


J’aimerai aller chercher une médaille sur les Championnats du Monde à Doha en octobre. 


Comment expliques-tu cette densité française sur le 110 m dans laquelle les meilleurs français peuvent désormais rivaliser avec les meilleurs mondiaux ? 


Cela fait des années que l’on parle d’école française de haies. Les français sont dotés d’une excellente technique. En revanche, nous sommes parfois plus faible sur la préparation physique.  La technique française combinée aux nouveaux potentiels physiques développés permet aujourd’hui l’émergence d’athlètes de très haut niveau pouvant complètement rivaliser avec les meilleurs mondiaux. 


Comment concilies-tu tes études à la Sorbonne avec les entrainements ?  


C’est un processus relativement long que j’arrive tout de même à gérer au quotidien. L’an dernier, j’allais en cours le matin et je m’entrainais l’après-midi. Je rattrapais ensuite les cours de l’après-midi et j’allais aux examens. Cette année, j’ai modifié ma façon de procéder. Je vais en cours le de 8h à 17h et je m’entraine le soir. D’une manière générale, j’ai des journées relativement longues. Il me reste encore mon stage de fin d’année à trouver pour finaliser mon master, ce qui risque d’allonger encore un peu plus mes journées. 



«  D u  j o u r  a u  l e n d e m a i n , t o u t  p e u t  s’ a r r ê t e r  »



As-tu déjà pensé à ta reconversion ? 


Pour être très honnête, je pense à ma reconversion depuis le début de ma carrière pour être très honnête. J’ai mis un point d’honneur à continuer mes études même en entrant à l’INSEP. J’ai toujours pensé à l’après carrière. Une carrière peut aller très vite. Du jour au lendemain, tout peut s’arrêter c’est pourquoi il faut toujours penser à l’après. 


Aujourd’hui je vais avoir un master dans le domaine de l’électronique. Si je décide de déconnecter du sport, j’aurai la chance de découvrir un autre univers. En revanche, si l’envie me dit de poursuivre dans le sport, je sais très bien que les opportunités s’ouvriront à moi.  


Peux-tu nous parler de ta passion pour l’électronique ? 


Depuis tout petit, j’ai toujours été intéressé par l’automobile. J’aimais la mécanique. Au lycée, je me suis rendu compte que j’aimais bien manipuler les chiffres et  fabriquer des objets. C’est pourquoi, je me suis tourné vers une formation me permettant d’accéder à ce milieu professionnel. Je sais très bien qu’avec ce master je pourrai également me tourner vers le monde de l’automobile. Après tout, la voiture de demain est la voiture autonome. Mes études actuelles me permettent donc d’envisager différentes reconversions professionnelles. 


Quels rapports entretiens-tu avec ton entraineur Giscard Samba ?  


Giscard est comme un grand frère pour moi. Tout a commencé quand je me suis fait renvoyer de l’INSEP. J’ai cherché le meilleur coach possible, cependant, n’étant pas en pôle les recherches se sont avérées plus complexes que prévu. Giscard était hors pôle et proche de chez moi donc je l’ai démarché. Je me suis dirigé vers lui en sachant qu’il allait préparé trois internationaux : Dimitri Bascou (Bronze aux Jeux de Rio), Laurence Clark (4ème aux Jeux de Londres) et Paolo Dal Monil, un italien (2eme aux Championnats d’Europe en salle).  A ce moment-là, je voyais une chance pour moi d’apprendre beaucoup et très rapidement. Il a accepté de m’entrainer. J’ai saisi cette chance incroyable. Depuis ce jour je me donne à fond tous les jours pour aller au bout de notre projet.



«  E n  2 0 1 6  e t  2 0 1 7,  j’ e t a i s  d a n s  l’ a p p r e n t i s s a g e  »



Selon toi, qu’est ce qui te manque pour accéder régulièrement aux podiums internationaux ? 


Si on analyse mes performances sur les années 2016 et 2017, on peut constater que j’étais encore dans l’apprentissage. J’observais beaucoup et j’apprenais beaucoup. J’ai eu une première médaille internationale en 2018. 

Cet été, je me suis retrouvé sans coach pendant 5 mois à cause d’une histoire affolante autour de lui. Je ne vous cache pas que ça a été compliqué d’arriver jusqu’aux championnats d’Europe dans ces conditions. Pour autant,  je suis arrivé en finale.


Tes records personnels sont sur 60m haies : 7,53 et sur 110m haies : 13, 27, penses-tu pouvoir les battre et passer en dessous de 7,50 et 13,10 ? 


C’est totalement dans mes cordes. Je  ne me pose pas de limites. Je vais à l’entrainement justement pour dépasser ces limites. Je ne m’en fait pas pour ces chronos puisqu’il est dans mon habitude de franchir des barrières mais de ne jamais m’en fixer.  


 As-tu un objectif particulier quand tu commences une course? 


Je ne me fixe jamais de chrono, en revanche, je sais ce que je vaux quasiment au centième. J’ai les valeurs chronométriques donc j’arrive à analyser mes performances. En respectant mon schéma de course, je peux projeter tel ou tel chrono peu importe les conditions. En contexte de compétition, je suis capable de me dépasser et de dépasser ce type de chrono. 


En dehors de l’athlétisme, que fais-tu au quotidien ? 


Je joue beaucoup à la playstation. J’ai fini spiderman en moins d’un mois (rires), je joue à NBA 2K19. J’ai le jeu FIFA mais j’y ai joué que deux fois dont la dernière où j’ai perdu contre mes petits cousins. J’ai décidé de ne plus y toucher. (rires) 

Je regarde beaucoup Netflix. Toutes ces plateformes font parties de mon quotidien désormais. J’aime bien manger (rire) mais je dois faire très attention en terme de rapport poids/ puissance. Puis, pour finir,  j’essaye de passer un maximum de temps avec ma famille. Mon emploi du temps est relativement chargé, cependant j’essaye de trouver un maximum de temps pour eux. 


«  J e  m e  b a t s  q u o t i d i e n n e m e n t  »



Quelles sont les valeurs qui te caractérisent au quotidien ? 


Je me bats quotidiennement donc j’opterai pour la détermination. J’aime également beaucoup partager. Fréquemment je partage avec mes proches car ça me fait évoluer.  


Quels messages et conseils pourrais-tu donner aux jeunes qui souhaitent se mettre au 110 m haies ? 


Je leur dirais de ne jamais lâcher. Je pense que les haies sont l’école de la vie. Il y a 10 barrières entre le départ et l’arrivée. La vie est faite de pleins de barrière qu’il faut surmonter. Nous ne sommes pas prêt à les passer. Il faut apprendre à les passer le plus naturellement possible pour aller le plus vite possible. 


Par Axelle Steffen 


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