Posté le 31/01/2019

« J’aime relever des défis, je fais tout pour que mon handicap soit perçu comme une force »

Inspirant et touchant, Arnaud est une source de motivation. Son handicap est une force, il le démontre constamment. Des Jeux Olympiques au Carnaval de Rio, il relève les défis à la perfection. Entretien avec Arnaud Assoumani, un athlète hors du commun.




Arnaud Assoumani, athlète de haut niveau et artiste accompli ©

 

« L ' A T H L É T I S M E , U N  E S T H É T I S M E  S A N S  P A R E I L  »


"Pourquoi as-tu opté pour la pratique du saut en longueur ?


À l’âge de 5 ans, bercé par les prestations admirées à la télévision, j’ai voulu faire de même. L’athlétisme était pour moi d’un esthétisme sans pareil, je sentais une certaine sérénité dans les sauts des athlètes. Fortement inspiré par leurs exploits, l’objectif majeur est devenu une participation aux Jeux Olympiques. Je ne pensais pas être un jour athlète de haut niveau. Je ne pensais pas faire les Jeux et pourtant mon histoire montre que rien n’est impossible. J’ai commencé l’athlétisme à l’âge de 11 ans et aujourd’hui je suis à mon meilleur niveau.


Penses-tu que ton handicap soit une force ? 


Je pense que c’est une force. Je fais d’ailleurs tout pour que mon handicap soit perçu comme cela. Il me donne l’opportunité d’intervenir dans des écoles et des entreprises afin de démontrer que ma différence est une force. J’aime les challenges. Dans n’importe quel projet, j’aime performer et être le meilleur. Ma différence a toujours été un booster. L’objectif de mes résultats est de casser l’image que les gens peuvent avoir face au handicap. Finalement, quand on est à haut niveau la performance est telle que ce sont les personnes qui ne font pas de sport qui sont plus handicapées. 


« P L U S  I M P O R T A N T  Q U E  C E T T E  D É F A I T »


Quel est le moment le plus fort que tu as vécu depuis le début de ta carrière ? 


Le moment le plus fort est aussi le moment le plus triste. Après avoir été champion paralympique en 2008, je projetais de me qualifier pour les Jeux Paralympiques et les Jeux Olympiques de Londres. Dans ma discipline, on ne trouve pas de précédent de ce type. J’avais le potentiel pour y arriver puis rien ne s’est passé comme prévu, les blessures se sont enchainées. La plus importante est arrivée un mois avant les championnats de France (compétition qualificative pour les Jeux). Blessé ce jour-là, je n’ai pas pu sauter. Pour la première et unique fois, mes grands-parents étaient dans le public. Mon grand-père est décédé l’an dernier, il ne m’aura jamais vu sauter.  

Après de nombreux traitements, j’ai tout de même pu recourir un mois après ma blessure. Même si je ne m’étais pas qualifié pour les JO, j’étais tout de même en route pour les Jeux paralympiques. Je voulais décrocher une deuxième médaille d’or. Le jour des Jeux je fais une médaille d’argent au triple saut. Puis, vint l’épreuve du saut en longueur. C’est ma spécialité, c’est mon épreuve, je sais que je peux le faire. Pourtant, ce jour-là, je me retrouve dans la pire forme jamais vécue. Je fais des premiers sauts qui n’atteignent même pas 7 mètres. Je souffre et vis un moment terrible. Je perds l’or pour 3 centimètres.  Toute ma famille était présente dans le public. Je vis cette défaite comme une véritable humiliation. 

Plein de frustration sur cette médaille, je rejoins ma famille à la fin de la journée. Mon oncle s’approche de moi et me remercie pour celle-ci. Il me dit « grâce à toi toute la famille a été réunie en ce lieu unique. Ce n’était pas arrivé depuis 15 ans ». Au début je ne comprenais pas. Mais, très vite j’ai réalisé que sur un plan personnel, ce moment était en réalité exceptionnel. J’ai réuni toute ma famille pour une journée. En fin de compte, il y avait quelque chose de plus important que cette défaite, c’était ma famille et ce qu’ils véhiculaient. 


« R I E N  N ' E S T  I M P O S S I B L E »


Qu’est-ce que tu fais de ton temps libre ?


Malgré mon emploi du temps très chargé, j’ai beaucoup d’activités annexes. Je fais beaucoup de musique, j’écris, je compose et je produis. Je fais du montage vidéo et de la réalisation. Je regarde des séries sur Netflix. Je lis beaucoup, j’écris et j’apprends le japonais.

 Parallèlement, je travaille sur une prothèse connectée (son, vidéo projecteur) qui apportera des données médicales très précises. Cette prothèse ne sera pas destinée uniquement aux sportifs. 

Dans le futur, j’aimerais également pouvoir travailler avec une association afin de faciliter l’accès aux prothèses pour les personnes disposant de faibles moyens financiers. 


Tu as des rapports privilégiés avec le Brésil, pourrais-tu préciser tes propos et nous indiquer pourquoi le Brésil ? 


Le contact avec le Brésil a commencé en 2005 pendant l’année du Brésil. Lors d’une démonstration de Samba, j’ai été marqué par la performance d’un groupe qui utilisait un instrument typique, ils jouaient du répinique. Cet instrument se joue avec deux mains. À première vue, ça paraissait impossible pour moi. Cependant, j’ai décidé de m’y mettre quand même car j’ai toujours pensé que rien n’était impossible. Je ne vous cache pas que les débuts ont été difficiles. La prothèse m’empêchait de bien exécuter les mouvements. Je me suis entrainé plus que les autres mais j’ai progressé bien plus vite. 

Fort de ma belle progression, je me suis fixé un nouvel objectif : jouer avec Sambatuc, un grand groupe de Samba. Les connaisseurs savent que pour l’intégrer, il faut environ 3 ans d’école. Je me suis donc mis au défi d’y arriver en un an. Tellement impliqué dans mon objectif final, je l’ai fait en 3 mois. Ainsi, mon premier contact avec le Brésil s’est fait à travers la musique. Suite à cette victoire et toujours avec la soif de relever de nouveaux défis, je me suis fixé l’objectif de défiler au Carnaval de Rio. 

En 2016, à l’occasion des Jeux, j’ai posé les pieds sur cette terre tant rêvée. À la suite d’une interview dans la presse locale dans laquelle je mentionnais mon intérêt pour ce pays, sa culture et ses écoles de Samba, l’école Salgueiro m’a invité à jouer avec eux dans leur centre de répétition. Ce fût un instant magique. Nous avons tellement apprécié ce moment, que nous avions convenu d’une prestation pour le carnaval de Rio 2017. Cependant, les championnats du monde ne m’ont pas permis de m’y rendre puisqu’ils se déroulaient aux mêmes dates que la carnaval. En 2018, j’ai quand même tenu ma promesse et j’y suis retourné.  

J’ai passé 4 mois au Brésil. J’ai appris le portugais sur place et j’ai défilé au carnaval avec Salgueiro. C’était incroyable. Il y avait des millions de personnes dans la rue. C’est un pays incroyable.