Posté le 19/02/2019

« Tout ce que l’on construit aujourd’hui c’est pour une médaille olympique en 2022 »

Du lancer de poids aux pistes de bobsleigh, Romain Heinrich a fait un bond. Des domaines différents qui selon lui sont dotés de nombreuses qualités communes. Nouveau héro du bob français accompagné de son pousseur Dorian Hauterville, Romain transcende tout, descend tout et embarque tout. Il endosse son rôle de champion à la perfection et démontre une motivation sans faille.



Romain Heinrich, superman du bobsleigh ©Squarechamps



Comment es-tu passé de lanceur de poids à bobeur et pourquoi ce sport ? 


Je suis entré dans le bobsleigh en 2011. A cette époque, je faisais du lancer de poids à niveau national. A cette même période, un équipage de bobsleigh se montait vers Grenoble au sein de l’équipe de La Plagne. Ils sont venus me chercher en m’indiquant que j’avais toutes les qualités requises pour être un bon pousseur de bob. Ils m’ont proposé d’essayer et j’ai accepté. C’est ainsi que j’ai découvert le Bobsleigh à 21 ans.  



« C ’ e s t  t o u j o u r s  d e s  r e c o n v e r s i o n s »



Est-ce compliqué de commencer un sport comme le bob sur le tard ? 


D’une manière générale, les bobeurs commencent la discipline vers 16-17 ans puisqu’il est interdit de le pratiquer en France avant l’âge de 15 ans. Quand j’ai commencé l’interdiction était plus stricte, il était interdit de le pratiquer avant l’âge de 18 ans. Ca a été étendu aujourd’hui. 

Le bobsleigh est un sport vers lequel les personnes ne s’orientent pas naturellement. Personne ne se dirige vers le bobsleigh comme premier choix. C’est toujours des reconversions. C’est d’ailleurs assez naturel et classique d’avoir des athlètes qui sont détectés et reconvertis. 

Me concernant, la transition a été assez naturelle. Je travaillais énormément la force et l’explosivité dans mes précédentes activités. De plus, j’avais fait beaucoup de sport dans ma jeunesse et j’étais très à l’aise en sprint. 


Pourquoi ne pas avoir continuer le lancer de poids ? 


Au bobsleigh comme à l’athlétisme, faire du haut niveau n’a jamais été une fin en soi. Je n’ai jamais eu de rêve olympique, ni de prétentions internationales.  

J’ai commencé l’athlétisme à 19 ans. J’ai eu une progression éclaire en 2 ans.

Je suis passé de 12m à 17m. Ce qui m’a séduit dans le bobsleigh, c’est l’opportunité de pratiquer un nouveau sport et les sensations qui s’y attachent. Ca me permettait d’allier l’effort hyper explosif de la poussée qui dure environ 5 secondes et une minute de descente à haute vitesse comprenant de l’adrénaline, de la force centrifuge et des sensations fortes. 

A cela, je rajouterai qu’il y a une dimension collective que j’avais un peu perdu en athlétisme. 


« J e  p e n s e  à  t o u t  s a u f  d e s c e n d r e »



A quel moment as-tu franchi un cap dans ta carrière ? 


Le plus grand tournant de ma carrière est quand je suis passé du rôle de pousseur au rôle de pilote. 6 mois plus tard j’intégrais le collectif sénior. Deux ans après j’étais qualifié aux Jeux Olympiques. 

En 2014, j’ai participé aux JO en tant que pousseur. Cependant ma carrière a vraiment commencé quand j’ai appris à piloter un bob. Pour le coup, je suis vraiment sorti de ma zone de confort. Je suis entré dans un nouveau projet dans lequel j’avais des qualités naturelles. Je n’avais aucune certitude mais beaucoup de travail. Je ne me suis construit sur 4 ans pour devenir le pilote que je suis. 


A quoi penses-tu en premier lorsque tu es dans ton bob ? 


Quand on entre dans un bobsleigh, pendant une minute, on ne doit pas toucher aux freins. Ce qui veut dire que pendant une minute tu dois prendre des décisions rapidement. Cela nécessite un niveau de concentration très élevé. 

Concernant ma préparation, j’arrive 1h30 avant ma descente. Je marche dans la piste et fait des reconnaissances. Je mémorise toutes les trajectoires que je vais devoir prendre pendant la descente. J’en profite pour préparer mon matériel et m’échauffer physiquement. La concentration monte crescendo 5 min avant le départ. Au moment où j’enfile mon casque, je fais le vide complet et je pense à tout sauf à descendre. C’est assez paradoxal. Quand on atteint ce niveau de concentration, c’est tellement intense que ça en devient presque de l’hypnose. Je fais le vide et réalise. Je deviens acteur de ce que j’ai imaginé 1h30 avant. C’est finalement très difficile de dire ce que je pense car mes yeux se transforment et analysent tous les détails de la piste. Ce n’est pas évident à décrire comme sensation. 



« j e  g a r d e  l ’ e x p l o s i v i t é  p o u r  l e s  c o u r s e s »



Comment abordes-tu ta préparation avant une compétition ? 


Chaque piste de bob est différente. Il y a entre 15 et 20 pistes dans le monde. Chaque piste est comme un circuit de formule 1, elles ont toutes leurs spécificités. Nos préparations se déroulent de la manière suivante. On arrive en début de semaine sur le lieu de la compétition. On a des entrainements officiels toute la semaine et les compétitions les week-end. Toute la semaine, on règle les problèmes et on gère les repères. 

Le jour des compétitions, je suis à l’écoute de mon corps et de mes sensations. Je préserve mes forces lors des échauffements. Par conséquent, mon flux nerveux est à son maximum au moment de la compétition. Ainsi, j’ai toute mon explosivité pour les courses. 

Tout le travail est fait en amont durant la semaine. Tout est très discipliné, on règle les problèmes, on choisit le matériel etc.. 


Plus bob à deux ou à 4 ? 


Cette question me fend le cœur (rires). Aujourd’hui, je rencontre mes meilleures performances dans le bob à deux. C’est plus facile d’appréhender le pilotage d’un bob à deux que sur un bob à quatre. 

A l’heure actuelle, nos résultats en bob à deux nous permettent d’être dans le top 10 mondial sur les 5 dernières coupes du monde. Nous avons fait un podium sur les derniers championnats d’Europe. Nous sommes 5ème au classement mondial. 

Cependant, la dimension collective du bob à 4 est beaucoup plus intense. Il y plus de sensations dans cette discipline. Pour toutes ces raisons je préfère le bob à 4. Cependant, je suis un compétiteur. J’aime le bob à deux car sur cette discipline que j’aime faire la différence. 



« e s s e n t i e l s  a u  b o n  f o n c t i o n n e m e n t »



Comment gères-tu ton rôle de capitaine au quotidien ? 


Ce n’est pas évident à gérer. En effet, ce sont tous mes coéquipiers. On est tous égaux. La performance se fait grâce à l’équipe. Tout le monde a son rôle dans une victoire. A la fois, on est tous sur un même niveau d’égalité mais à la fois en tant que capitaine, on prend plus de décisions sur la gestion stratégique de la carrière et des courses.  

Si on prend une décision, on doit être systématiquement solidaire des entraineurs sur les questions stratégiques. J’essaye de les impliquer au maximum dans la performance en leur faisant comprendre qu’ils sont essentiels au bon fonctionnement. Cependant, je suis obligé de cultiver une certaine distance pour simplifier les prises de décisions sur les compétitions auxquels on doit participer. 


Peux-tu nous préciser un peu ce que représente ta participation aux Jeux Olympiques ?  


En 2014, j’ai participé au JO en tant que pousseur. Pour être qualifié, il fallait m’assurer d’être le meilleur pousseur français. En 2018, le travail a été plus important. Je devais montrer que j’étais le meilleur pousseur mais également que je disposais de qualités supplémentaires pour être pilote. Cette qualification a été très symbolique et très forte pour moi. 



« ç a  m ' a  d o n n é  f a i m »



Qu’as-tu ressenti après cette médaille internationale historique (bronze) remportée sur les championnats d’Europe, les 12 et 13 janvier 2019 à Königssee en Allemagne il y a quelques semaines ? 


Ça a été une immense fierté et ça m’a donné faim. Ce résultat m’a permis de valider le fait qu’on avait rien à envier aux plus grosses nations. La France est un petit pays sur la scène internationale du bobsleigh. Nous avons de petits moyens mais nous avons montré que nous étions capables de jouer à armes égales avec de grandes nations comme l’Allemagne ou la Suisse. 

Aujourd’hui, je me sens un peu plus décomplexé. Ça peut se reproduire tous les week end si j’aborde les choses avec la même philosophie.  



« D e s  o b j e c t i f s  p r é c i s »



Quels sont désormais tes objectifs pour la saison à venir ? 


J’ai un objectif de performance qui est de rester dans le top 10 mondial mais pas uniquement. J’ambitionne également d’évoluer sur l’apprentissage. J’ai moins d’expérience sur les pistes américaines et canadiennes. J’ai besoin d’avoir plus d’expérience sur ces terrains. 

Notre plan est élaboré jusqu’en 2022. Tout ce que l’on construit aujourd’hui c’est pour une médaille olympique. Nous avons des objectifs précis et des étapes intermédiaires. L’an prochain, on aimerait être au niveau du top 5 mondial sur les championnats du monde en Allemagne. Cependant, cette place n’est qu’une brique comparé à ce qu’on vise pour les Jeux Olympiques.  

On est en train de monter une équipe qui a toutes les chances de faire une médaille. 


Exerces-tu une activité professionnelle en dehors du bobsleigh ?  


J’ai un diplôme d’ingénieur génie industrielle et un diplôme d’administration des entreprises. Depuis un an je suis un sportif semi professionnel. Je travaille l’été dans une entreprise de micro-électronique qui s’appelle UnitySC dans laquelle je suis responsable qualité. 


Que fais-tu de ton temps libre lorsque tu n’es pas dans un bob ? 


Je n’ai pas beaucoup de temps libre pour être très honnête. Cependant, sur le temps libre que je trouve, j’aime le passer avec mes amis. 


Penses-tu déjà à ta reconversion ? 


Non absolument pas. Je prends les années les unes après les autres mais je ne suis pas inquiet car la gestion de projet que j’ai dans ma carrière sportive et la gestion de ma carrière professionnelle à coté est relativement aboutie. J’ai un métier en dehors de ma carrière sportive. Quand tout se terminera je sais que j’aurai un emploi. 


« N e  p a s  b r u l e r  l e s  é t a p e s »



Quelles valeurs souhaiterais-tu inculquer et transmettre ? 


En terme de valeurs, j’aimerai transmettre la doléance, la persévérance et le gout de l’effort. Je pense que toutes les opportunités méritent d’être considérées. Quand on se lance dans un projet, on obtient toujours des résultats. Bon ou mauvais, on aura toujours des résultats. 


As-tu un message à faire passer aux jeunes qui souhaitent devenir bobeur de haut niveau ? 


Je coach 4 jeunes en ce moment. Je pense à ce que je pourrai leur dire... 

Même si le bobsleigh va vite, ça reste une activité comme toutes les autres. Le bobsleigh ça s’apprend. Il faut y aller marche par marche et ne pas bruler les étapes. En bob, si on brule les étapes on peut se faire très peur. Si on se faire très peur une fois, on est plus en mesure d’aller vite. Il faut donc savoir être prudent.  


Par Axelle Steffen 


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